Nous enfants de la tradition de Gaston-Paul EFFA

Publié le par Troumoulou

Résumé

Gaston-paul EFFAUn fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d'assurer sa subsistance. Osele, l'aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d'ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n'a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d'une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d'agressivité, qui n'élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d'un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur. Au fil des mots, il redessine le trajet de sa vie, à laquelle il offre un contour neuf, une nouvelle dignité. Mais un homme seul peut-il s'opposer à un peuple conservateur qui a tout intérêt à entretenir une telle dépendance ? Menacé de mort, frappé par la maladie, Osele exprime la dérision d'un combat inégal.

Mon avis

 Ce roman autobiographique aborde, sans concession le poids de la culture africaine et de la famille pour ces immigrés qui ont quitte leur pays et surlesquels la grande famille africaine compte afin de vivre et ou survivre. Cette pression est d'autant plus accrue si l'on est "l'aîné de la famille"

À douze ans, j’avais été élu aîné de ma famille” : cette phrase constitue le cœur du nouveau récit de Gaston-Paul Effa. Celle qui conduit à la perte des êtres aimés mais d’abord et surtout à la dépossession de soi. Car qu’est-ce que signifie être aîné au Cameroun ? D’un point de vue français, comme le résume Hélène, l’épouse excédée, “Être l’aîné d’une famille africaine, respecter la tradition signifie pour toi faire vivre ta propre famille dans la misère. (p. 12).

Et l’on comprend ses propos, puisque, le salaire mensuel de l’aîné s’en va nourrir la famille en Afrique pendant qu’en France, la famille occidentale elle ne parvient que difficilement à boucler les fins de mois et à acheter des paires de bottes aux enfants. Mais du point de vue de “l’enfant de la tradition”, c’est rester “saisi d’angoisse à la pensée que l’aîné de la famille pouvait être en état de péché mortel s’il n’assumait pas sa tribu africaine” (p. 36).

Le poids de ce statut, effaçant l’individu, fait de l’aîné le soutien de famille, l’homme qui doit nourrir son clan, l’homme redevable qui, chaque fois que résonnent les appels téléphoniques maternels et leurs injonctions à envoyer de l’argent, se doit de plier sous le joug de cette dépendance tenace…

On va suivre au fil des pages, les tourments de cet aîné qui dans un premier temps va en venir a quitter sa famille occidentale et rejoindre dans un foyer SONACOTRA nombre de ses congénères dont la situation n'est pas plus enviable que la sienne. A la différence que son satut d'ingénieur semblait l'éloigner de pareille situation et l'on pourrait penser que son destin l'aurait conduit ailleurs.

Les locataires du foyer Sonacotra qu’il fréquente sont des fervents partisans du mandat Western Union, car sans eux qu’adviendrai-t-il de leur famille ? Cette forme de solidarité des émigrants en direction de la terre d’origine relève-t-elle de la tradition ancienne ou au contraire d’une économie parallèle qui supplante les carences des systèmes politiques tropicaux qui peinent à fournir du travail à des millions d’africains ? 

Le regard d’Osélé se fait de plus en plus interrogatuer sur son entourage, sur la tradition dont il se sent l’otage. Tradition. Mais enfin, quelle tradition en Afrique subsaharienne et patrilinéaire encouragerait un individu à délaisser totalement sa progéniture au profit de la famille élargie ?
Il me est intéressant de voir comment certains ressorts culturels sont usités comme de parfaits moyens de pression.
 Gaston-Paul Effa fait parfaitement remonter les vieilles superstitions, les phrases, ou tout simplement le chantage affectif qui étouffent Osélé.

Un livre à lire afin de suivre le parcours d’Osélé,  et de mieux appréhender le poids de la famille et de la tradition pour ces nombreux africains qui ont rejoint nos contrées et se retrouvent tiraillés entre deux cultures. 

L'auteur

Enseignant de philosophie et écrivain, Gaston-Paul Effa vit en Lorraine, où il préside le prix Erckmann-Chatrian. Il participe à la rubrique littéraire du Républicain lorrain. Il a publié aux Éditions Anne Carrière À la vitesse d'un baiser sur la peau (2007). Il est l’auteur d’une dizaine de romans publiés notamment chez Grasset, dans la collection “Continent Noir” chez Gallimard, chez Lattès et aux éditions Le Serpent à Plumes.

Publié dans Lecture

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