La tresse de Laetitia COLOMBANI

Publié le par Troumoulou

 édition GRASSET - ISBN 2246813880b-224 pages

Quatrième de couverture óóóóó

La tresse de Laetitia Colombani
La tresse de Laetitia Colombani

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
  
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
  
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
  
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
  
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

 Mon avis

J'ai beaucoup aimé ces histoires de 3 femmes éloignées par la distance, le mode de vie,la culture, la condition sociale et dont les destins vont se rejoindre.

Une tresse est composée de trois brins qui s'entrelacent tout cela va être symboliquement le cas pour ces trois femmes.

Giulia la sicilienne, issue d'une dynastie de fabricants de perruques sera, après l'accident de son père confrontée aux réalités économiques et contrainte à prendre un décision importante dont dépendra le sort de sa famille et de ses employées.
Smita, la dalit, l'intouchable en inde, qui vit avec son mari et sa fille Lalita une existence d'humiliation acceptée par tous car la résultante du karma.  Cette vie, elle va la refuser pour sa fille, elle se bat pour améliorer la soustraire à cette vie de misère.   Smita accompagnée de Lalita quitte son foyer et son mari avec l'espoir d offrir à sa fille  un avenir meilleur, qu'elle puisse aller a l'école et ainsi  sortir du cycle infernal réservé aux personnes de sa caste. Sur sa route elle va faire une offrande importante a Vishnou. Sacrifier quelque chose de soit  pour un avenir meilleur.
Sarah, l'avocate renommée dont le brillant avenir semble tout tracé et qui voit celui ci s'effondrer à cause de la maladie.
 Chacune des trois a besoin des 2 autres pour s'en sortir et continuer sa vie.
Trois histoires imbriquées dont l'auteure tisse le fil telle une tresse.

C'est un livre touchant sur la dignité,  la place et le rôle des femmes dans notre société.

L'auteure

Laetitia Colombani, née en 1976 est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

Extraits

À l'école, Smita n'y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n'y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu'on prend soin d'écarter, comme on sépare le bon grain de l'ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l'humanité.......

C'est son darma , son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Scavenger , en anglais le terme signifie «extracteur». Un mot pudique pour désigner une réalité qui ne l'est pas. Ce que fait  Smita, il n'y a pas de mots pour le decrire. Elle ramasse la merde des autres à nues, toute la journée. Elle avait six ans, l'âge de Lalita aujourd'hui, quand sa mère l'emmenée pour la première fois. Regarde, après tu feras. Smita se souvient de l'odeur qui avait été assaillie, aussi violemment qu'une essaim de guêpes, une odeur insoutenable, inhumaine. Elle avait vomi au bord de la route. Tu t'habitueras, avait dit sa mère. Elle avait menti. Sur ne s'habitue pas. Smita a appris à retenir son souffle, à vivre en apnée, il faut respirer, a dit le docteur du village, voyez comme vous toussez. Il faut manger. L'appétit, ça fait longtemps que Smita l'a perdu. Elle ne se souvient plus comment c'est, d'avoir faim. Elle mange peu, le strict minimum, une quantité de riz délayé dans l'eau qu'elle impose chaque jour à son corps défendant.......

Sa tournée commence vers sept heures. Smita prend son panier et sa balayette en jonc. Elle sait qu'elle doit vider vingt maisons, chaque jour, pas de temps à perdre. Elle marche sur le côté de la route, les yeux baissés, levisage dissimulé sous un foulard. Dans certains villages, les Dalits doivent signaler leur présence en importance une plume de corbeau. Dans d'autres, ils sont condamnés à marcher pieds nus - tous connaissent l'histoire de cet intouchable, lapidé pour le seul fait d'avoir porté des sandales. Smita entre dans les maisons par la porte arrière qui est réservée, elle ne doit pas croiser les habitants, encore moins leur parler. Elle n'est pas seulement intouchable, elle doit être invisible. Elle reçoit en guise de salaire des restes de nourriture, parfois de vieux vêtements, qu'on lui jette à même le sol. Pas toucher, pas regarder.

Parfois, elle ne reçoit rien du tout. Une famille de Jatts ne lui donne plus rien depuis les mois. Smita a voulu arrêter, elle l'a dit un soir à Nagarajan. Mais Nagarajan a pris peur: si Smita n'y va plus, ils seront chassés, ils n'ont pas de terre à eux. Les Jatts viendront incendier leur cahute......

 

Publié dans Lecture

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