Ce que le jour doit à la nuit- Yasmina KHADRA

Publié le par Troumoulou

Résumé

Ce que le jour doit à la nuit- Yasmina KHADRA

"Mon oncle me disait : "Si une femme t'aimait, et si tu avais la présence d'esprit de mesurer l'étendue de ce privilège, aucune divinité ne t'arriverait à la cheville."
Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Emilie. J'avais peur pour elle. J'avais besoin d'elle. Je l'aimais et je revenais le lui prouver. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l'ensemble des anathèmes et les misères du monde entier."

Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l'Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) - une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse - et éclaire d'un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu'on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d'un même pays.

Mon avis

Ce livre raconte l'histoire de Younes et sa vie quotidienne de petit garçon, puis de jeune homme et enfin d'homme mûr...dans une Algérie déchirée par les passions et la guerre. 

Au début nous sommes en 1930. Younes n'a que 9 ans lorsqu'il voit les champs de son père partir en fumée quelques jours à peine avant les moissons. Et il voit pleurer son père pour la première fois... 

La famille, ruinée, n'a plus qu'à partir et quitter la terre de leurs ancêtres.
Ils vont s'installer à Oran dans le quartier misérable de Jenate Jato. Là, Younes découvre l'entraide, la misère, mais aussi l'espoir qui anime tous les habitants du quartier.
Le mauvais sort s'acharne sur la famille. Désespéré, il acceptera finalement que  Younes soit pris en charge par son frère devenu pharmacien qui vit dans les quartiers chics d'Oran et a même épousé une française, une roumia : Germaine Tous deux n'ont pas d'enfants et vont  considérer Younes comme leur propre fils. Younes devient alors Jonas. Il ne reverra plus jamais les siens...

Parce qu'il est solidaire de la cause nationale en train de se propager dans les milieux lettrés de la ville, l'oncle est arrêté. Lorsqu'il est relâché, il n'est plus le même et la famille partira s'installer en dehors de la ville, à Rio Salado.
Jonas va peu à peu s'y faire des amis et s'intégrer à la communauté roumis de la ville. Il vit des jours heureux avec ceux qui lui deviennent ses inséparables amis : Simon, Jean- Christophe, ou bien Fabrice. Ils partagent leurs rêves d'adolescents  et regardent de loin l'arrivée de la seconde guerre mondiale et la montée du nationalisme algérien...et les filles.

Mais Jonas va découvrir aussi le racisme, les colons français qui traitent mal leurs employés et les laissent vivre dans des conditions inhumaines.
C'est Emilie, qui va diviser les amis devenus grands. Elle est revenue s'installer au village, s'éprend de Fabrice, puis le quitte pour Jean-Christophe mais c'est Jonas qu'elle aime, un amour impossible pour Jonas/Younes.

La lutte de son pays pour l'indépendance le cueillera abruptement. Il lui faudra aider son peuple, parce qu'il n'a pas d'autre choix et qu'un jour le destin a choisi de frapper à sa porte.

Dans la violence et la haine, tandis que les trois amis se déchirent pour l'amour d'une femme, les deux peuples se déchirent autour d'un pays que tous aiment à la folie...L'Algérie coloniale vit ses derniers moments.

Avec en toile de fond l'histoire de l'Algérie coloniale de 1930 à 1962, ce roman nous parle d'un pays "disparu", de ses paysages, de ses souks animés, de ses couleurs, de ses odeurs et de sa chaleur humaine...

C'est un roman vivant et imagé.

C'est aussi une histoire d'amitiés, un roman qui montre la complexité de la nature humaine et le poids du passé qu'on ne peut renier.

L'auteur

Yasmina Khadra, de son vrai nom, Mohammed Moulessehoul, est né dans le Sahara algérien.

Son père, veut faire de lui un soldat et l'envoie dès l'âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fait toutes ses études avant de servir comme officier dans l'armée algérienne pendant 36 ans. 
Moammed Moulessehoul choisit en 1997, avec le roman Morituri, d'écrire sous pseudonyme. Diverses raisons l'y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l'intolérance.
Il démissionne de l'armée algérienne en 2000, pour se consacrer à sa vocation: l'écriture, et choisit de s'exprimer en langue française.

Consacré à deux reprises par l’Académie française, salué par des prix Nobel (Gabriel Garcia Marquez, J. M. Coetze, Orhan Pamuk), Yasmina Khadra est traduit dans une cinquantaine de pays et a su toucher des millions de lecteurs. Adaptés au théâtre (en Amérique latine, Europe et Afrique) et en bandes dessinées, certains de ses livres sont aussi portés à l’écran (Morituri ; Ce que le jour doit à la nuit ; L’Attentat). Les Hirondelles de Kaboul est en cours de réalisation en film d’animation par Zabou Breitman. Yasmina Khadra a aussi co-signé les scenarios de La Voie de l’ennemi, avec Forest Whitaker et Harvey Keitel, et de La Route d’Istanbul, tous deux réalisés par Rachid Bouchareb. Ce que le jour doit à la nuit a été adapté au cinéma par Alexandre Arcady en 2012. L’Attentat a reçu, entre autres, le prix des Libraires 2006 et a été traduit dans 36 pays. Son adaptation cinématographique par Ziad Doueiri est sortie sur les écrans en 2013. À 63 ans, Yasmina Khadra prône l’éveil à un monde meilleur, malgré le naufrage des consciences et le choc des mentalités.

 

Publié dans Lecture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article